La fin de notre voyage en Haïti – de péripéties en péripéties

Mardi 20 mars, nous filons pour un rendez-vous très attendu avec le directeur de la seule école d’Etat de la zone. Confrontée à des difficultés financières énormes, il a dû fermer certaines classes, les enfants n’ayant plus école depuis plus de 3 semaines. On arrive à la fin du projet. D’un côté, la situation généralisée nous décourage et nous révolte, d’autant plus pour l’école d’Etat, censée accueillir les élèves les plus démunis. D’un autre côté, on comprend l’intérêt de notre projet et la nécessité de faire remonter ce que l’on a vu et entendu sur place.

Mardi, Julie a reçu une commande un peu particulière d’un ami des enfants : relire et réécrire une lettre d’amour. Mise dans la confidence, elle a relevé le défi à merveille et a fait une heureuse !
Changement de décor, changement d’ambiance. Mardi soir, les enfants nous ont préparé la « Fritay Ayitien » (fritaille haïtienne), ensemble de mets : pikliz, bananes (plantains) et patates douces pesées, et tomates !

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Recette du Pikliz (plat du milieu) :

Ingrédients :

2 choux, 2 carottes, 2 petits poivrons, 1 piment, 2 citrons verts, du vinaigre, du sel, du poivre

Recette :

Rapez les choux et les carottes, faites des petites lamelles avec les poivrons, émincez le piment.
Faites la sauce avec le jus de 2 citrons verts, du vinaigre blanc (pas celui pour nettoyer les toilettes, c’est pas bon !), salez et poivrez à votre convenance.
Mélangez tout ça, et hop, c’est prêt !

 

Mercredi, matinée studieuse : Julie a travaillé pour ses mémoires à rendre dès son retour, qui la stress beaucoup. Dans l’après-midi, séance photo avec les plus grands (et amis des plus grands) du foyer, pendant que les plus petits fabriquent une « machin » (voiture) avec une boite de conserve, une bouteille en plastique et des bâtons de sucette !

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Mercredi, c’est également la fin des examens pour les plus petits des Petits Amis. Nous avions oublié de vous dire mais Junior, fils du directeur d’une école communautaire, nous a demandé de taper à l’ordinateur les différents examens des 7ème et 8ème année (5ème et 4ème, en France). De quoi se refamiliariser avec Word et de rédécouvrir des leçons de grammaire, d’algèbre, d’informatique oubliés.

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Jeudi, nous sommes retournées au marché en prévision du repas français, pour nos amis Sergine et Junior. Cette fois-ci, sous la pluie ! On a croisé un vendeur de « tension », qui se propose pour 10 gourdes de mesurer votre tension et ainsi de prévenir les risques cardio-vasculaires, l’hypertension et autres maux ! Les hommes se réunissent au marché pour jouer aux dominos à une rapidité impressionnante ! Ils passent le temps en misant les uns sur les autres.

Dernière soirée en compagnie des enfants du Foyer, puisque demain nous dormons chez nos amis pour le repas français. Junior nous accompagne très gentiment jusqu’à Miragoane le samedi matin. Chargées comme nous sommes, nous voilà à la fois rassurée et contentes d’éviter la moto-taxi !

 

Vendredi, dernier entretien pour notre projet, avec un jeune professeur, pourtant très expérimenté (10 ans d’enseignement). Nous avons profité de notre fin de matinée pour plier bagage, jouer une dernière fois avec les enfants et leur dire au revoir comme il se doit.

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Puis, retour aux fourneaux. On tente un repas beaucoup plus classique, pour éviter le fiasco de la semaine dernière : riz ratatouille et gâteau à la noix de coco (après un premier essai mitigé, on réitère l’expérience et cette fois-ci, le gâteau – recette Julie – est plus que réussi !). Inscrivez-là au Plus Grand Pâtissier, s’il vous plait ! Ici, les desserts sont tellement rares que tout ce qui est un poil sucré fait très très très plaisir !

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Samedi 25 mars, dernière matinée à Paillant. C’est avec tristesse que nous sommes allées dire une dernière fois au revoir aux enfants à 7h du matin, en 5 minutes top-chrono, pour un tas de bisous. On est peinées par la tristesse de certains des « ti moun » (enfants), dont nous avons essayé de rendre le quotidien un peu plus doux et tendre. On se met à leur place : ils nous voient continuer notre chemin et vivre d’autres aventures alors que pour eux, la vie continue, comme si on n’était jamais passées chez les Petits Amis…. Cela questionne notre partenariat avec l’association, pour faire perdurer un peu notre passage et le rendre d’avantage utile, sur le long terme.

Puis, à l’aube, direction Miragoane en voiture (une première pour nous à Paillant !) pour notre dernier week-end ensemble, à Jacmel. A court d’argent, on se dirige vers les deux distributeurs de la ville. Petit – ou plutôt, gros problème – car nous sommes COMPLETEMENT à court d’argent : aucun des deux ne fonctionne et nous voilà à attendre l’ouverture de la banque. Mais, impossible de retirer de l’argent au guichet ! Nos multiples prénoms nous portent défaut, car ils n’apparaissent pas sur notre CB et notre identité n’est pas donc pas valide. Et nous voilà encore plus embêtées ! Julie s’affaire dans la banque avec les employés pour chercher une solution. Finalement, ils décident très gentiment de nous payer le trajet jusqu’au prochain distributeur, à 20km de là (ce qui nous rapproche un peu plus de notre destination). On enfourche chacune une moto taxi avec nos énormes valises et en avant !

Les taxi-mans nous déposent ensuite à la station de Ti-Goave pour prendre un tap-tap direction Carrefour Dufour, pour effectuer le changement jusqu’à Jacmel. Problème : nous ratons l’arrêt. Nous voilà encore bien embêtées, à prendre à nouveau une moto-taxi, en sens inverse. Lorsqu’on atteint enfin Carrefour Dufour, on arrête un camion sur le bord de la route. Il se trouve qu’il va à Jacmel et il nous propose très gentiment et gratuitement que l’on embarque dans sa remorque. Par chance, il nous arrête pile devant notre hôtel – et quel hôtel !

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Nous arrivons donc saines et sauves dans une jolie ville, pour une après-midi relax, visite, plage et restau!

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Petit moment ironie : ils ont utilisé une tente (ou quelque chose qui y ressemble) pour s’assoir à l’abri du vent et de la pluie. On a également vu beaucoup de morceaux tente « USAID », dont les haïtiens se servent aussi bien pour couvrir le toit en taule d’une l’église que pour rafistoler des meubles. Finalement, on peut se demander si ce n’est pas ça, la « résilience » ? Adapter et s’adapter, avec ce que l’on a, en l’occurrence, un petit bout de bâche, pour regarder la mer au sec ?

 

Dimanche, nous décidons de passer un moment à la plage, notamment pour que Julie puisse profiter de ses derniers instants de soleil avant le départ. Nous avions pour projet d’aller à Ti-mouillage mais, comme toujours, notre trajet sera plein de surprise. On prend un tap-tap, on nous fait descendre car le conducteur nous dit qu’il a oublié de nous signaler l’arrêt de Ti-mouillage, il paye le trajet en sens-inverse, pour que finalement on s’aperçoive qu’il avait commis une erreur puisque la plage de Ti-mouillage se trouvait encore quelques km plus loin ! Arrivées sur la plage, pas un chat, juste nous, à profiter des 30°C, du sable fin et de la mer des Caraïbes.

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Le soir, nous profitons du confort inhabituel de l’hôtel pour se faire jolies pour… finalement diner dans le restaurant de l’hôtel ! On apprend que l’on a raté les principaux lieux touristiques de Jacmel ! C’est ça de partir le cœur léger, sans regarder les principales attractions touristiques à faire…

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Lundi matin, départ sur les chapeaux de roues direction Port-au-Prince, pour rejoindre notre amie Bettina qui nous héberge dans sa famille pour la nuit. Nous montons avec toutes nos valises dans un pap-padap (transport rapide) de Jacmel à Port-au-Prince pour 2h30 de trajet à travers les montagnes des Cayes. La route est sinueuse, le décor montagneux. On voit la mer au loin, comme toujours en Haïti. Arrivées à Portail Leogane (porte d’entrée de Port-au-Prince), ça grouille à nouveau, ça fourmille, ça parle fort. Heureusement pour nous, nous prenons rapidement un tap-tap. Puis Bettina nous a récupéré au vol et nous a accueilli chez elle, dans la famille de cœur de Clara et Rebecca, qui ont trouvé ici un peu de chaleur, de la bienveillance et beaucoup d’hospitalité. On a fait le même constat qu’elles ! On a même découvert un fruit la veille de notre départ : le tamarin. Ça ressemble à une gousse de petit-pois : on fait tremper les graines puis on les pile pour faire du jus !

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Décidément, nous aurons pris à peu près tous les transports possibles et imaginables en Haïti ! On a testé le car, où le nombre de passager est multiplié par deux par rapport au nombre habituel et où les vendeurs de « produits miraculeux » donnent de la voix durant TOUT le trajet (et 3h, c’est long…). On a pris des tap-tap, des pap-padap, des moto-taxi, on est montées dans des bennes de camion, on partagé la place à l’avant d’un camion. Ce que l’on doit retenir de ces transports ? Ne surtout pas avoir peur de la promiscuité, ne pas avoir peur de demander (histoire par exemple de ne pas rater son arrêt) et ne pas avoir peur d’attendre (on ne part pas tant que le bus n’est pas (trop) plein).

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Et voilà, nous sommes mardi 27 mars 2018 et notre aventure en Haïti prend fin. Enfin, pas tout à fait. Car j’ai (flore) raccompagné Julie à l’aéroport ce matin et je l’ai laissé prendre son vol seule, après un mois et 10 jours ensemble. Pendant que je vous parle, Julie s’envole pour la France, avec un détour par Pointe-à-Pitre, que l’on espère plus court qu’à l’aller pour qu’elle puisse retrouver rapidement ses proches. Cette aventure n’aurait pas eu le même intérêt seule et vous ne pouvez pas imaginer le plaisir que j’ai eu la vivre avec Julie. Merci d’être si facile, si douce et si attentionnée ; tu rends le quotidien plus facile avec tes blagues et ta bonne humeur constante.

Par ailleurs, la dernière partie du projet commence maintenant. Nous attaquons la réalisation du court-métrage avec tout le matériel recueilli sur place. Nous avons plus de 100 Go de film à revoir, trier, revoir, mettre en cohérence et nous nous posons déjà 1001 questions aussi bien techniques qu’éthiques.

Et, surtout, le projet continuera à vivre à travers nous, à travers les récits que l’on pourra faire de ce voyage extraordinaire à nos familles, à nos amis, à nos (futurs) collègues. On espère pouvoir porter haut la parole des professeurs rencontrés en Haïti,  faire entendre leurs besoins et leurs messages jusqu’à vous et plus encore.

Merci à tous ceux qui ont participé, de près ou de loin, à notre aventure ; merci à tous ceux qui nous ont soutenu, de quelque manière que ce soit, avant, pendant ou après notre projet. Et merci à vous d’avoir pris le temps de lire nos récits. On espère avoir réussi à vous faire partager un peu de notre aventure avec ces moments de vie, avec des anecdotes, avec nos galères, avec nos remises en question et nos envies.

Julie et Flore.

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